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Conseil de Paris

Conservatoires : "En quoi le tirage au sort serait source d'une plus grande égalité ?"

1 Juillet 2015

Présidente de la commission Culture, Fadila Mehal est revenue en Conseil de Paris sur les modalités d'attribution des places dans les conservatoires. "L’égalité des chances, ce n’est pas l’égalitarisme. Elle se fonde sur le mérite, sur la motivation, le talent, l’effort, le travail. Certainement pas sur le hasard", a défendu l'élue du XVIIIème arrondissement.

Madame la Maire,
Mes chers collègues,

Le 22 juin dernier a eu lieu le tirage au sort pour l’attribution de places dans les Conservatoires de musique de la Ville de Paris. 7.823 demandes ont été enregistrées pour 3000 places seulement. L’an passé, la plateforme téléphonique que vous aviez mise en place a très vite montré ses limites, créant frustration, plaintes et ras le bol des parents.

Pour autant, le tirage au sort représente-t-il la panacée ? Je ne le crois pas. Monsieur Julliard, vous avez estimé, dans un article du Monde, que cette méthode de sélection était la « moins pire ». Nous sommes d’accord avec vous c’est pour le moment le système le « moins pire ». Mais là où nos conceptions divergent, c’est que vous-vous contentez du moins pire, alors que nous voulons le meilleur pour nos enfants.

Les 17 Conservatoires de la Ville de Paris accueillent plus de 18.000 jeunes pour des pratiques musicales amateurs, pour un budget d’environ 36 millions d’euros par an, avec des tarifs s’échelonnant de 73 à plus de 500 euros. Ces Conservatoires sont pleins à craquer, et les 2000 places supplémentaires que vous prévoyez d’ici 2020, effort très méritoire, ne suffiront pas à combler ce manque chronique.

A côté de ces Institutions, et parfois en lien avec, une pléthore d’offres complémentaires existent : Ateliers dans le cadre de l’ARE, dont certains dispensés par des professeurs des Conservatoires, initiations musicales par des associations ou dans des structures comme la Philharmonie de Paris ou encore des enseignements privées professeurs particuliers.

Pour répondre à cet enjeu d’activités musicales pour tous, deux visions s’affrontent.

La vôtre qui pense que l’accès à la culture, et notamment aux pratiques musicales amateurs, doit être fondé sur l’égalitarisme et que pour gérer la pénurie chronique de places, il faut mettre tous les parisiens au même niveau d’accès en prévoyant un tirage au sort qui serait un signe d’égalité. Alors ma première question est la suivante : en quoi le tirage au sort et le hasard, serait source d’une plus grande égalité ? Vous réfléchissez à retarder l’âge d’inscription et d’y développer plus de cours collectifs et d’initiation. Vous critiquez une certaine forme « d’ingérence » des parents dans la motivation, et l’éducation musicale de leurs enfants. C’est vrai que l’apprentissage dès le plus jeune âge d’un instrument de musique et du solfège est pour certaines familles un gage d’élitisme, d’excellence. En quoi ce point est-il blâmable ?

Vous avez sans doute raison de vouloir plus de mixité sociale et de vous alarmer du fait que les quotients familiaux les plus élevés y sont surreprésentés chez les élèves des conservatoires.

Il est bien dommage qu’en matière d’enseignement musical, nous retrouvions des oppositions idéologiques clivées: l’égalitarisme à marche forcée contre la reproduction aristocratique.

Madame la Maire, L’excellence n’est pas un gros mot. Elle est nécessaire. Elle est par principe inégalitaire. Elle peut se trouver dans toutes les catégories sociales. C’est la vocation même de la République que de permettre à tous ses enfants d’atteindre l’excellence. C’est l’égalité des chances qui mène à l’excellence.

L’égalité des chances, ce n’est pas l’égalitarisme. Elle se fonde sur le mérite, sur la motivation, le talent, l’effort, le travail. Certainement pas sur le hasard. Quelle inégalité plus cruelle que celle du hasard ?

Madame la Maire, pouvons-nous envisager que la voie que vous avez pris avec le tirage au sort est provisoire, comme un palliatif et qu’elle doit s’accompagner inéluctablement d’une vraie réforme des Conservatoires ?

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