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Conseil de Paris

Rentrée scolaire : "Nous voulons l’excellence pour tous"

29 Septembre 2015

Lors du débat sur la rentrée scolaire au Conseil de Paris, Béatrice Lecouturier est intervenue pour réaffirmer nos priorités en matière d'éducation. Après avoir regretté le peu de volontarisme de la majorité en faveur de la lutte contre le décrochage scolaire - notamment dans les milieux populaires - elle a attiré l'attention des élus sur la situation spécifique des enfants autistes.

Madame la Maire,

Même si la rentrée scolaire a  eu lieu il y a 1 mois, et je regrette que notre assemblée se réunisse aussi tard pour en parler, même si l’actualité est lourde d’évènements je voudrais rappeler toute l’importance de la question scolaire à Paris qui concerne 200 000 jeunes parisiens.Comme vous, au groupe UDI MoDem, l’éducation de nos jeunes est une priorité absolue. Nous pensons qu’elle doit mobiliser toutes les énergies pour que tous nos élèves reçoivent une éducation de qualité, basée sur l’exigence, la transmission des savoirs. Une éducation attentive et bienveillante où chaque jeune, à son niveau, trouve sa place et son épanouissement dans la tolérance et le respect. Cette mission est d’autant plus difficile à exercer à Paris qu’elle est liée à la grande diversité  de notre territoire mais où chaque arrondissement de l’est comme de l’ouest parisien doit être traité avec la même égalité.

Lutter contre le décrochage scolaire doit bien sûr être une priorité lorsqu’on sait que, en France, 150 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans aucun diplôme. Cependant, quelle cohérence doit-on voir entre les actions entreprises pour lutter contre l’échec scolaire et la fermeture de 83 classes à Paris en majorité dans les quartiers populaires ? Comment peut-on justifier l’instauration légitime et nécessaire de REP (réseaux prioritaires d’éducation) dans certains quartiers et la fermeture concomitante  de classes à quelques pâtés de maison de là ? Quant à la question récurrente du non remplacement des enseignants absents dans les classes, elle n’est même pas évoquée dans votre communication et nous le regrettons.

Tout cela participe à la fragilisation des enfants les plus faibles qui se retrouvent en fin de course dans ces tristes statistiques de décrochage scolaire.

Vous nous dites que ces fermetures de classes sont dues à une baisse des effectifs. Mais posons-nous la question de connaître la cause de ces baisses. Les familles ne peuvent plus rester à Paris du fait d’un manque criant de logements, de places de crèches, de problèmes de transport. Et puis, parlons vrai madame la Maire. Nous constatons une fuite croissante des élèves du public vers le privé. Et la réforme des rythmes scolaires notamment en maternelle n’y est pas étrangère. Nous le regrettons fortement mais c’est en se posant les bonnes questions que les familles retrouveront le chemin de l’école publique.

La question du handicap dans le milieu scolaire, largement soulevée dans votre communication est également une question majeure dans notre groupe. Nous saluons les mesures prises par la ville de Paris pour améliorer l’accueil des enfants handicapés dans les structures scolaires parisiennes. En matière de handicap, cela peut surprendre, mais personne n’est en mesure d’évaluer le nombre exact d’enfants handicapés, quel est leur degré d’incapacité et donc de mesurer la charge de leurs besoins. Le droit à l’éducation est écrit partout et pourtant, dans les faits, la réalité est bien différente.

Je voudrais à cette occasion attirer votre attention sur la situation spécifique des enfants autistes.

Il ressort de différentes études, que les enfants autistes dont les autorités prônent pourtant l’insertion en milieu scolaire ordinaire, sont particulièrement concernés par la non scolarisation et la difficulté pour leurs parents de trouver une structure adaptée. Le Conseil de l’Europe accuse régulièrement la France de ne pas respecter le droit des enfants autistes à être scolarisés dans des établissements ordinaires. Nous demandons donc une concertation entre l’Académie de Paris et la Ville pour ouvrir les écoles aux enfants autistes pour apporter le soutien nécessaire aux  enseignants qui accueillent ces enfants et au recrutement d’AVS qui les accompagnent.

En ces temps de rentrée scolaire, je souhaiterais revenir sur l’aménagement des rythmes scolaires en maternelle.

En effet, trop de parents se plaignent encore de la contrainte de ces temps périscolaires sur l’organisation de la journée d’un petit de maternelle. Réveil de l’enfant en pleine sieste, multiplicité des intervenants, manque de cohérence éducative. Ces facteurs représentent une source de fatigue et de confusion chez le tout petit. Aussi une réflexion autour des rythmes scolaires en maternelle doit se poursuivre. Sont-ils véritablement nécessaires en petite section de maternelle ? Doivent-ils être calqués sur le même modèle temporel que celui des primaires ? La souplesse et l’adaptation  sont les clés du succès des réformes. La mise à plat de cette question ne serait pas considérée comme un échec des rythmes éducatifs, mais comme une réelle avancée pour nos petits parisiens.

Le numérique fait lui aussi sa rentrée dans les écoles avec l’installation de tableaux numériques interactifs et notre groupe y est très favorable. En revanche, nous sommes plus interrogatifs en ce qui concerne l’équipement de chaque élève de 5ème d’une tablette numérique comme s’y est engagé Mr Hollande. En effet,  une étude Pisa publiée le 15 septembre dernier démontre que ces tablettes numériques ne sont qu’un outil pédagogique et non pas la solution miracle à la réussite scolaire. Si l’on en croit cette étude, la fracture scolaire n’est pas une fracture numérique puisque 99% des élèves de 15 ans ont au moins un ordinateur à la maison et 96 % des enfants défavorisés ont accès à internet chez eux. Cette étude démontre également que les pays qui ont le meilleur taux de réussite scolaire sont ceux qui font un usage modéré de l’ordinateur en classe. En fait si donner un ordinateur à chaque élève suffisait à son succès, cela se saurait. Seul le retour aux fondamentaux que sont de savoir lire, et comprendre ce qu’on lit, écrire et compter restent les meilleures recettes à la réussite de chacun.

Enfin je voudrais terminer mon propos par celui commencé un peu plus haut à savoir un enseignement de qualité et d’excellence pour tous. L’accès à la réussite scolaire pour tous est, vous l’avez rappelé madame la Maire, votre ambition. Et nous ne pouvons que la soutenir. Mais de quelle ambition parlons-nous ? L’ambition d’emmener chaque élève vers l’excellence et le meilleur de soi en proposant à tous des programmes scolaires exigeants, accessibles et de qualité ? Ou bien sous prétexte d’égalité, renoncer aux filières d’excellence et  faire tomber nos jeunes dans l’inégalitarisme ? Je fais référence à la réforme des collèges qui doit entrer en application dès la rentrée 2016.

Pour nous groupe UDI MoDem, l’enseignement du grec et du latin, les classes bi langues ne sont pas les totems de l’élitisme. Ces matières sont pour nombre d’enfants moins favorisés un moyen d’accéder à un enseignement d’excellence. Vouloir les supprimer revient à dire que  l’éducation nationale renonce à jouer son rôle d’ascenseur social. Les premières victimes de cette réforme seront les enfants des milieux populaires. Nous, nous voulons l’excellence pour tous, un élitisme républicain basé sur une offre large et de qualité pour tous les élèves.

Je vous remercie.

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