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Aménagement des berges de Seine : "Il faut une vision d'ensemble sur les circulations piétonnes à Paris"

27 Mai 2015

Aujourd'hui au Conseil de Paris, Yann Wehrling, porte-parole du groupe UDI-MoDem, est intervenu pour saluer l'idée de rendre les berges de la rive droite à une circulation piétonne mais a critiqué la réticence de l'exécutif parisien à tout amendement extérieur.

Madame la Maire,

Je voudrais tout d’abord me féliciter d’un point : l’idée de rendre les berges à une circulation piétonne fait aujourd’hui consensus. Ceci est d’ailleurs une tendance propre à toutes les grandes métropoles traversées d’un cours d’eau. Lyon, Bordeaux, Rennes, Lille, Toulouse, et aussi dans la plupart des grandes villes européennes comme à Londres, Rome, Berlin.

Je note au passage dans ces divers exemples que dans bien des cas, les aménageurs n’ont pas oublié que l’eau et le végétal vont de pair. A Paris, force est de constater que ce qui a été fait et ce qui pourrait se faire demain reste encore trop minéral avec un végétal épars et très « artificiel ». Bien sûr la configuration s’y prêt difficilement, mais enfin, un peu de créativité pour tenter de remettre un peu de « nature », de la vraie nature, quelque peu sauvage et libre, serait à étudier.

Je ferais 4 remarques sur le projet qui nous est soumis et que nous approuvons dans le principe général.

Premièrement, pour ce qui est des berges elles-mêmes… même si l’exposé général des objectifs parle d’une liaison entre la Bastille et la Tour Eiffel, le projet lui-même, dans ses deux options, se résume à une portion réduite de cette liaison. Globalement, la vision générale du devenir des berges, rive droite comme rive gauche, manque quelque peu dans les attendus. Que voulons-nous faire des berges de Seine sur toutes leurs longueurs, de bout en bout des limites de la ville, tant sur les quais hauts que sur les quais bas. On aménage par petits tronçons sans que la cohérence d’ensemble, le partage des usages à terme, ne soit très clairement établi.

Deuxièmement, je dirais la même chose sur la question des circulations piétonnes. Si ce projet d’aménagement a un objectif d’agrément, peut-être de respiration voire de rafraîchissement de l’air en été, pour peu qu’on le végétalise vraiment comme je le disais précédemment, il participe également d’un objectif qui est de donner davantage de place aux déplacements piétons. Ce mode de déplacement, pourtant majoritaire à Paris, est le parent pauvre des modes de déplacements. Paris est réellement à la traine de ce point de vue. Circuler à pied n’est pas plaisant. La piétonisation des quartiers très centraux de Paris est un premier pas. Mais Paris ne saurait se résumer à l’hyper centre touristique. C’est bien de penser aux touristes, c’est bien aussi de penser aux habitants. En somme, ces aménagements des berges participent-ils d’une vision d’ensemble sur les circulations piétonnes à Paris, anticipent-ils un vrai réseau piéton qui maillera l’ensemble de la ville et pas seulement l’hyper centre, c’est ma question.

Troisièmement, sur le projet lui-même. Vous proposez deux options. Plus loin, vous détaillez la concertation que vous voulez engager. Le groupe UMP propose un projet alternatif qui respecte totalement l’esprit général. Vous semblez refuser d’en étudier les avantages qui sont pourtant intéressants. Je dois dire que je ne comprends pas le sens du mot « concertation » si tout amendement à votre projet est exclu ! Pourtant quelle belle opportunité de laisser les parisiens nous faire part de leur créativité. Donnez un objectif et laissez la créativité et les propositions naitre et se regarder avant de décider.

Dernière remarque : l’histoire a voulu que ces berges aient servi à une circulation automobile traversant Paris. Le sens de cette même histoire est d’envisager un changement. Mais pour réussir ce changement, il faut l’accompagner. N’ignorons pas les incidences sur les centaines de milliers d’usagers de ces axes de circulation dont presque une majorité n’est pas des parisiens. Que les Parisiens approuvent ce que nous avons l’intention de faire, je le comprends aisément : une majorité d’entre eux, à raison et j’en suis, n’ont plus l’usage d’un véhicule car les alternatives existent. Mais vous savez aussi que plus on s’éloigne de Paris, moins les alternatives existent et plus le recours à un véhicule individuel s’avère incontournable. A quoi s’ajoute le cas des artisans qui eux, n’ont guère d’autres choix, car c’est leur outil de travail, que de se déplacer avec leurs véhicules professionnels. Nous ne pouvons ignorer cette réalité et Paris ne peut éternellement décider seule en ignorant totalement les habitants de la première et de la seconde couronne qui l’entoure. Nous le disons maintenant à chaque conseil et sur plusieurs dossiers, à raison je crois : Paris doit, dans son mode de fonctionnement, dans ses processus de décision, se métropoliser et se préoccuper non seulement des Parisiens, mais aussi de tous les Franciliens. En l’occurrence, Paris doit se préoccuper des alternatives de transport pour les franciliens non parisiens, cela nous concerne, nous regarde… je crois que c’est là une condition de l’acceptabilité par le plus grand nombre des décisions que nous prenons.

Je vous remercie.
 

Yann Wehrling
Conseiller de Paris (XVème arrondissement)
Porte-parole du groupe UDI-MoDem au Conseil de Paris

 

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