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Conseil de Paris

"Une étude de marché aurait permis une réflexion globale autour du métier de kiosquier à Paris"

18 Mai 2016

Dans son intervention au Conseil de Paris à propos du marché accordé à Mediakiosk, Maud Gatel dénonce la chronique d’une mort annoncée de 49 kiosques qui seront «mis à disposition de la ville» et qui augure d’une disparition de 12% du parc des kiosques de presse parisiens.

Madame la Maire,

Mes chers collègues,

Les deux projets de délibérations que vous nous soumettez ce jour interviennent dans un contexte particulièrement critique d’une crise durable et profonde de la presse dont souffrent en première ligne les kiosquiers, dont la situation économique et sociale n’a cessé de se dégrader.

Logistique lourde, engagements de trésorerie importants liés à la gestion des invendus, amplitudes horaires considérables, tels sont les défis herculéens que doivent relever les kiosquiers, pour une rémunération souvent extrêmement modeste.

Aussi, s’il n’appartient pas à notre assemblée de réviser les contours de la loi Bichet, il est cependant de la responsabilité du Conseil de Paris de proposer les évolutions nécessaires au statut de ces travailleurs indépendants, afin de leur garantir des sources de revenu complémentaires leur permettant de vivre décemment du produit de leur labeur.

Ainsi, la Ville a-t-elle autorisé les kiosquiers, depuis 2011, à vendre des souvenirs, des boissons ou encore des parapluies… sans que cette diversification ne se soit montrée suffisante pour assurer une hausse substantielle de leurs revenus.

Peut-être aurait-on pu envisager de vendre des produits de la boutique située rue de  Rivoli et estampillés « Paris » ? Encore eût-il fallu pour cela établir une étude de marché. Car c’est bien ce qui fait ici défaut, tandis que le modèle économique semble nécessiter une révision globale.

Or, seule une étude de « commercialité » est prévue kiosque par kiosque, selon les engagements de Mediakiosk à la suite des négociations avec la mairie de Paris, sans la moindre visée globale.

C’est cette absence de vision d’ensemble, cette ambition au court terme qui prédomine dans ce marché intégré d’une durée étonnamment longue de 15 ans qui n’offre pas la souplesse nécessaire à une industrie de la presse en pleine évolution pas plus qu’à une profession en pleine remise en cause. Une clause de revoyure aurait a minima paru opportune, tant ces 15 années de concession paraissent décorrélées des considérations liées à l’avenir incertain des kiosquiers.

Pour tenter d’enrayer la paupérisation des kiosquiers parisiens, vous proposez d’instaurer un régime d’aides, que le groupe UDI-MoDem votera, faute de mieux et à défaut de parvenir à résoudre les problématiques de viabilité et de soutenabilité au long terme.

Pourquoi, néanmoins, ne pas être allé au bout de cette logique de soutien en exemptant les kiosquiers du paiement de la redevance versée au titre de l’autorisation d’occupation du domaine public, attribuée à Médiakiosk qui la collecte au profit de la mairie de Paris ? Certes les sommes concernées sont modiques (de l’ordre de 110 euros en moyenne par an), mais la Ville aurait pu concéder un geste supplémentaire, d’autant que ce nouveau marché lui rapportera 8,5 millions d’euros de redevance de la part du concessionnaire, à mettre en perspective des 3,5 millions initialement requis et des 1,7 millions perçus en 2014 dans le cadre de la précédente délégation de service public.

Ces quelques remarques ne pourront malheureusement pas être prises en compte puisque pas plus le fond que la forme de ce marché ne peuvent subir la moindre évolution suite à a décision arrêtée par la Commission d’Appel d’Offres le 19 avril dernier.

Par conséquent, je ne m’appesantirai pas sur l’esthétique et le choix contestable du design des nouveaux kiosques, qui n’ont d’atelier d’artiste que la prétention et s’apparentent davantage à des mobiliers urbains de collecte de déchets.

L’empreinte visuelle et territoriale des kiosques parisiens, dont 81% [1] des Parisiens pensent qu’ils sont « emblématiques de la capitale » « au même titre que les colonnes Morris » est ici mise à mal, bien qu’un effort soit fait pour supprimer 20% de l’affichage publicitaire commercial qui constitue trop souvent une pollution visuelle subie.

Enfin, les nouvelles fonctionnalités attribuées aux kiosques paraissent parfois déconcertantes.

J’en veux pour preuve l’intégration de lampions lumineux indiquant si le kiosque est fermé (feu rouge) ou ouvert (feu vert)…quand il suffirait de s’en approcher pour en faire le constat immédiat.

Il eût été plus intéressant que les écrans digitaux interactifs extérieurs accessibles 24h/24 et installés sur quelque 100 kiosques n’indiquent pas uniquement le plan interractif du quartier mais également les kiosques ouverts à proximité tout en permettant de rechercher le kiosque qui disposerait du titre convoité.

Madame la maire, le soutien indéfectible du groupe UDI-MoDem à l’égard de ses kiosquiers s’accompagne d’inquiétudes et de réserves qui ne nous permettent pas de voter en faveur du marché intégré attribué à Mediakiosk. C’est la raison pour laquelle le groupe UDI-MoDem s’abstiendra sur la DAE 164

La chronique d’une mort annoncée de 49 kiosques qui seront « rénovés » et ainsi « mis à disposition de la Ville pour des projets culturels, associatifs ou autres », selon les supports de communication du concessionnaire, augure d’une disparition de 12% du parc des kiosques de presse parisiens. Il n’en restera donc plus que 360 irréductibles, désireux de voir leur situation s’améliorer, sans que ce marché intégré qui les lie pour 15 ans ne puisse changer d’un iota durant ce laps de temps…

Je vous remercie.

 
[1] Sondage réalisé en février 2013 par Harris Interactive pour MédiaKiosk

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