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Conseil de Paris

Politique de la Ville : "Il reste beaucoup à faire pour conjuguer au mieux humain et urbain"

16 Mars 2015

Fadila Mehal intervenait au Conseil de Paris du 16 mars 2015 au nom du groupe UDI-Modem pour soutenir la signature du nouveau contrat de ville et les 26 millions d'Euros que l'état va dépenser pour 21 quartiers de la ville.

Madame le Maire chers collègues,

Comme vient de le rappeler ma collègue Olga Johnson, vous savez combien le groupe UDI-Modem est attaché au principe d’égalité et à la politique de la ville, comme à d’autres politiques redistributives , qui permettent de « donner plus à ceux qui en ont moins » , cela s’appelle la solidarité .

Nous avons eu en France de grands ministres de la ville dont Jean-Louis Borloo dont j’ai eu la chance d’être l’une des conseillères sur ces sujets. Chacun reconnaît à Borloo d’avoir cherché à réconcilier l’urbain et l’humain. En créant l’ANRU d’abord qui a tant fait pour rénover les tours et les barres et en s’attelant ensuite à l’humain en créant l’Acsé, l’agence de la cohésion sociale et pour l’égalité des chances pour que l’humain soit au cœur de la reconquête de nos quartiers. Malgré cette volonté et beaucoup d’avancées, il reste encore beaucoup à faire.

Effet, comment refuser de ne pas mobiliser massivement des moyens d’Etat et de la ville quand 21 quartiers à Paris, qui concernent 150000 parisiens sont en dessous des seuils éligibles à la politique de la ville? Dans le XVIIIe arrondissement, où je suis élue, 5 sont concernés selon les critères sociaux établis. Tous ces quartiers émargeant à la politique sont malheureusement victimes de nombreuses fractures, d’apartheid dirait certains. Je n’irais pas jusque-là, mais il faut bien parler de fractures.

- Territoriale d’abord avec la coupure Est-Ouest et aussi entre Paris et sa banlieue
- Sociale avec des familles désocialisées et de plus en plus fragilisées par des problèmes de santé, de logement

- Économique avec un taux de chômage exponentiel et notamment pour les jeunes
- Fracture ethnique aussi avec la concentration massive de l’immigration légale et illégale et la ghettoïsation croissante de certains quartiers

- Et ne parlons pas de la fracture religieuse avec une demande de plus grande visibilité religieuse dans l’espace public et la tentation de la désaffiliation communautaire qui est une menace pour notre pacte républicain.

Pour résoudre ces difficultés multiples, chacun comprend que ce n’est pas seule la politique de la ville, qui pourra endiguer toutes ces fractures, mais elle pourra atténuer la pression qui pèse sur ces quartiers.

Les 26 millions que l’Etat va dépenser pour les 21 quartiers de Paris doivent être optimisés. Il faudra veiller à ce que chaque euro investi dans de ce dispositif exceptionnel et dérogatoire ne soit pas suivi d’un désengagement des politiques du droit commun car c’est le risque encouru que la mise en place de politiques spécifiques et exceptionnelles amène mécaniquement à un désengagement du droit commun. Ce fut le cas par le passé depuis plus de 40 ans. Le comité interministériel à la ville du 6 mars dernier avec ses 60 mesures doit nous permettre d’évaluer les efforts consentis par ces politiques interministérielles. Je souhaite que vous puissiez, Madame la maire, nous faire un point précis de l’engagement des différents ministères sur leurs crédits de droit commun sur nos 21 quartiers.

Chers collègues, vous le savez tous comme moi, la clef de voûte de toute éradication des difficultés qui sont présentes sur ces quartiers c’est le développement économique. Depuis 1997, avec la création des zones franches urbaines par Eric Raoult, peu de choses significatives ont été faites pour renouer avec l’attractivité et l’implantation d’entreprises dans ses territoires.

Le premier ministre a annoncé après le drame de janvier qui a endeuillé notre pays la création d’une agence de développement économique pour les quartiers. Quel en sera le périmètre ? De quels moyens disposera-t-elle ? Comment va t-elle s’articuler avec les nombreux établissements qui œuvrent déjà dans ces territoires sans résultat tangible dans le champ économique ? Ne prenons nous pas le risque de rajouter une énième couche dans le mille feuille administratif. Madame la Maire, Monsieur le Préfet pouvez-vous nous rassurer sur ce point ?

J’aurai encore sans doute d’autres questions mais le temps m’est compté. Comme par exemple je m’interroge sur le sort des conseils de quartiers annoncés avec grand renfort de communication par l’ancien ministre de la Ville François Lamy et que l’on retrouve dans le contrat. Comment vont-ils coexister avec le lancement du budget participatif, cher à vos vœux Madame la Maire ?

De même sur la politique de peuplement dénoncé par le chef du gouvernement, comment trouvera t-elle sa déclinaison à Paris à travers le contrat de ville ?

Enfin il y a un dernier point qui m’intéresse au plus haut point, c’est celui que avez fait rajouter et qui figure en tant que 4ème axe. Je veux parler des valeurs de la république. Mon groupe souscrit totalement à cet ajout. Mais si nous ne voulons pas que cet axe apparaisse comme un supplément d’âme cosmétique pétri de bonnes intentions, il faudra lui donner la force d’un programme structuré, et cohérent, un axe innovant pour éviter le prêchi-prêcha de rigueur et surtout l’irriguer par une démarche démocratique incontestable.

Redonner la parole aux parisiens, aux jeunes notamment en soutenant tous les moyens de leurs expressions citoyennes et particulièrement en lien par exemple avec les médias de proximité qui constituent aujourd’hui des contre- feux essentiels contre les réseaux de la haine et du rejet de l’autre. La culture aussi, ciment de notre vivre-ensemble doit être remobilisée dans les quartiers populaires. Réaffirmer que la laïcité n’est pas une option mais une obligation c’est se donner les moyens de l’incarner dans tous les services de proximité et du service public. Les travaux de l’observatoire de la laïcité que vous venez d’installer la semaine dernière et dont nous allons ensemble définir le champ, seront de précieux outils pour rétablir la concorde dans nos quartiers

Madame la Maire, il y a aujourd’hui urgence à redonner de l’espoir au 21 quartiers qui émargent au nouveau contrat de ville. Leurs habitants veulent croire en la promesse républicaine que nous incarnons.

Donnons-nous tous les moyens pour qu’à l’issue de ce contrat, en 2020, ces quartiers tournent le dos à la pauvreté à l’isolement et à la ghettoïsation.

Le groupe UDI-Modem souhaite être acteur de ce changement c’est pourquoi nous approuvons la signature de ce nouveau contrat de ville avec l’Etat et tous nos partenaires. C’est un accord vigilant car comme je l’ai dit précédemment subsistent de nombreux points d’interrogations auxquels vous voudrez bien répondre Madame la maire.

Je vous remercie.

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