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Conseil de Paris

Piétonnisation des voies sur berge : "Prenons le temps de la concertation"

15 Décembre 2015

Au conseil de Paris, à propos de l’aménagement des voies sur berge rive droite, Maud Gatel demande de prendre le temps de la concertation, de l'innovation, de l'ambition, de la technologie : "pour susciter l'adhésion, il faut prendre le temps et répondre au besoin des franciliens".

Dès 2008, nous appelions de nos vœux la création d’une « coulée bleue », une promenade en continu sur les berges afin de rendre la Seine aux habitants.

Reconstruire le lien entre le fleuve et les Parisiens et les Franciliens va dans le bon sens : celui d’un apaisement de la ville, d’un meilleur partage de l’espace public au profit de toutes les mobilités. Cela répond à des préoccupations environnementales et de cadre de vie.

C’est bien parce que nous sommes favorables à l’aménagement des berges que nous souhaitons que ce projet soit une réussite. Qu’il suscite l’adhésion de tous. Qu’il soit un projet réellement partagé.

Lors de notre précédent débat, en mai dernier, en rappelant notre soutien à la reconquête des berges, nous appelions votre attention sur 4 aspects pour mener à bien ce projet :

  • la nécessité de penser l’aménagement des berges dans leur globalité, et non simplement le tronçon concerné, ainsi qu’une réflexion sur un schéma global de circulation pour la ville centre ;  
  • au-delà des berges, la nécessité d’élaborer un plan d’ensemble pour les circulations piétonnes à Paris ; les piétons restent encore en effet les grands oubliés des déplacement aujourd’hui à Paris ;
  • la nécessité d’une large concertation, en incitant les Parisiens et les Franciliens à partager leur créativité sur un sujet qui les engage ;
  • l’impérieuse nécessité d’associer à ce projet les habitants et les élus de la petite et grande couronne.

Non seulement nous n’avons pas été entendus. Mais nos craintes se sont réalisées.

La vision de cette autoroute urbaine au cœur de Paris que constitue la voie Georges Pompidou est le symbole d’un urbanisme totalement dépassé. Mais il s’agit d’un axe structurant qu’on ne peut pas rayer d’un trait de plume sans tenir compte des conséquences.

Susciter l’adhésion demande du temps. Notamment pour répondre aux besoins des Franciliens en leur proposant de réelles alternatives. Et pour ne pas pénaliser les professionnels dans leurs activités et que la ville n’ait ainsi pas à subir une perte d’attractivité économique mais également touristique.

Certains comptent sur le dégoût des automobilistes pour qu’ils abandonnent leur voiture. Nous, nous souhaitons inciter, et non contraindre.

Dès lors, prenons le temps.

Prenons le temps de la concertation.

Vous écrivez qu’une large consultation s’est tenue. Pardon, mais les mots ont un sens. 4 réunions publiques, une réunion métropolitaine et une marche exploratoire ne constituent pas une large concertation pour un projet aussi structurant. Le faible nombre de contributions recueillies le traduit d’ailleurs bien. Et les prises de position des acteurs institutionnels – départements, agglomérations – professionnels - CCIP, chambre des métiers et des artisans de Paris, professionnels situés sur les quais hauts, MEDEF – acteurs de la mobilité – RATP, SNCF - ont révélé des craintes nombreuses quant aux dispositifs proposés.

Prenons le temps de l’innovation :

Pourquoi, pour un projet aussi structurant, n’y a-t-il pas eu d’appels à projet innovant ? Cela aurait pourtant permis une plus grande ambition. Il n’est pas trop tard. Nous pouvons profiter du lancement de l’appel à projet « Réinventer la Seine » pour le faire.

Prenons le temps d’être globaux :

La fermeture de la voie Georges Pompidou, compte tenu de son caractère structurant, mérite de revoir l’ensemble du schéma de circulation : zone 30, accès à la capitale, notamment pour les véhicules les plus polluants, logistique urbaine.

La fermeture des berges implique en effet de repenser la circulation de marchandises, la fluidité étant un élément clé de l’attractivité économique et de la lutte contre la pollution. La réponse au défi du dernier kilomètre doit également intégrer la Seine. Cette question de la logistique urbaine est centrale et nous regrettons qu’elle n’ait pas été intégrée à la discussion sur l’aménagement des berges.

C’est l’objet de notre vœu n°113, qui demande qu’un bilan des expériences les plus pertinentes en matière de logistique urbaine soit réalisé et qu’un débat soit organisé au sein du conseil de Paris.

Prenons le temps de l’ambition. Aujourd’hui, vous nous proposez un budget de 8 millions d’euros en investissement pour aménager les 3,3 km des berges rive droite. Cela semble bien dérisoire au regard des 45 millions d’euros consacrés à l’aménagement des 2,3 km rive gauche. Nous avons regretté à plusieurs reprises la faiblesse des aménagements rive gauche et notamment l’absence de végétalisation. Le budget aujourd’hui consacré à la rive droite nous paraît porter intrinsèquement les mêmes risques. Et est donc de nature à être déceptif.

Prenons le temps de la technologie. Sur ce sujet, on va tellement vite, qu’on est même en avance sur la technologie. Des tramway sans rails ni caténaire, en l’état actuel de la technologie, ça s’appelle des bus. C’est très bien, surtout quand ils sont électriques. Vous nous annoncez ces bus pour 2020. D’ici là, ce sont les actuelles 25 lignes de la RATP qui continueront à transporter les voyageurs. Ce qui ne constitue pas une alternative suffisante pour faire face à un report modal.

Cette réforme mérite que l’on prenne le temps nécessaire à sa réussite. Le temps de faire des études complémentaires ; le temps de consulter, d’expliquer. De co-construire des solutions pour permettre de faciliter les déplacements. Avec les professionnels, la RATP, la SNCF ainsi qu’avec les communes de petite et grande couronne. C’est le sens de notre vœu 114.

Je vous remercie.

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