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Maud Gatel au Conseil de Paris: plutôt que de se plaindre de sa contribution à Ile de France mobilités, Paris devrait mobiliser son énergie pour améliorer les transports en commun !

11 Décembre 2017

Dans son intervention au Conseil de Paris concernant le volet "Transports et déplacements" du budget primitif, Maud Gatel dénonce le manque de sincérité qui prévaut dans le débat.

Madame la Maire, mes chers collègues,

Lors du débat sur les orientations budgétaires, nous dénoncions l’absence de sincérité qui prévalait dans le texte présenté. Le budget primitif poursuit malheureusement dans cette voie.

Le volet « Transports et déplacements du BP » auquel je consacre mon intervention ne fait pas exception.

2 illustrations de cette insincérité, côté dépenses et côté recettes :

  • Contribution à IDF Mobilités

Comme l’an passé, vous jouez sur l’ambiguïté en sous-entendant que la contribution de Paris à IDFM s’apparente à de la péréquation – or ce n’est pas le cas. Et vous dénoncez son montant.

Paris représente 44% du réseau francilien des transports en commun. Sa contribution s’élève à 30% du total des départements franciliens, la Région apportant plus de 50 % du total.

Plutôt que de se plaindre de ce niveau de contribution, légitime, Paris devrait plutôt mobiliser son énergie en faveur de l’amélioration de la qualité des transports en commun, de la lutte contre la pollution à laquelle sont exposés les voyageurs et à sa mise en accessibilité. Autant de sujets majeurs sur lesquels malheureusement on vous entend peu.

  • Réforme du stationnement

Sur le volet recettes, permettez-nous d’exprimer quelques doutes quant à vos estimations liées aux effets de la réforme du stationnement.

Vous tablez sur une augmentation très significative des recettes de stationnement, liée d’une part à l’augmentation des tarifs de stationnement et du montant du FPS mais également à un meilleur respect attendu de l’obligation de s’acquitter de son stationnement.

Vous estimez à 334 millions d’euros les recettes de stationnement.

Comme beaucoup, nous sommes sceptiques sur ce calcul qui repose sur des bases contestables : le paiement par seulement 10% des automobilistes du stationnement rotatif. Un calcul mis en cause par les associations, mais également par les observateurs. Et par le bon sens – toutes les places ne sont pas en permanence occupées…

Espérons, pour les Parisiens, que vous n’aurez pas été trop optimistes…

Sur ce même point, il est inquiétant de constater que les 145 M€ attendus au titre de la récupération des FPS apparaisse en recettes de fonctionnement et non en recettes d’investissement. C’est pourtant ce que prévoit la loi MAPTAM, qui considère que ces recettes doivent financer les transports en commun et les travaux de voirie. Des chantiers dont on sait combien indispensables. Mais apparemment ce n’est pas votre perception…

  • Sur la politique de mobilité douce :

L’augmentation des chiffres est trompeuse, puisqu’il s’agit en réalité d’un rattrapage dans la mesure où le déploiement du plan vélo a pris deux années de retard et les crédits n’ont pas été consommés…

Madame la Maire a dit dans son intervention ce matin que 2018 devrait être « vraiment » une année plan vélo. Elle avait la même ambition l’an passé et l’on sait ce qu’il en est advenu. Il reste 92% des infrastructures prévues au plan Vélo à réaliser. Le budget consacré aux circulations douces parviendra-t-il à rattraper le retard pris dans le cadre du déploiement du plan vélo ?

  • Sur le vélib’

Le renouvellement du marché Vélib aura eu au moins un mérite : celui de mettre en lumière le coût réel du déploiement des VLS pour le contribuable parisien.

Celui-ci sera donc de 15,1 M€ en 2018[1]. Nous sommes loin des déclarations de B. Delanoë en 2007 selon lequel le service Vélib’ ne devait rien coûter aux Parisiens. Il n’est pas question de remettre en cause ce service qui a contribué à augmenter significativement la pratique cycliste en France. Mais il faut débattre sur des données précises et sincères. 

Une question : lors du dernier conseil, notre groupe a obtenu que les usagers du service obtiennent un dédommagement à travers le prolongement de leur abonnement. Cette compensation que le SAVM s’est engagé à fournir aux usagers du fait de la perturbation actuelle du réseau, est-elle prise en compte dans le budget présenté ? Prend-elle également en considération les risques liés au business model des VLS face à l’arrivée en masse des vélos en free floating ?

La question est similaire pour Autolib, j’y reviendrai dans le cadre d’un vœu. Ce service constitue une alternative réelle. Mais alors que l’on assiste à la désaffection du service, quel sera le coût réel pour le contribuable parisien et l’effet sur les finances de la ville ?

Quant au budget alloué aux piétons – 1,3 million d’euros à l’amélioration des cheminements piétons et PMR – il conforte notre perception que le piéton est le parent pauvre des politiques de mobilité parisienne.

Quant au développement des bornes de recharge électrique, nous avons souvent eu l’occasion de le dénoncer, Paris est en retard en la matière et ce retard n’est guère compatible avec les positions affirmées sur le développement de l’électrique à Paris.

Dans la communication, vous prenez acte de ce retard en parlant d’accélération du déploiement des bornes Belib’. Pour autant, aucune mention n’est faite dans le rapport budgétaire. Dès lors se pose à nouveau la question du décalage entre la posture et la réalité….

Un dernier mot sur les traverses. Il y a un an, faute de majorité, vous supprimiez de notre ordre du jour une nouvelle convention d’exploitation avec la RATP destinée à modifier le fonctionnement des traverses. Une proposition qui consistait surtout à diminuer leur fréquence et donc les rendre moins attractives, première étape pour les supprimer purement et simplement.

A de nombreuses reprises, nous sommes intervenus pour défendre ces traverses qui répondent à une forte attente de la part des Parisiens et qui participent d’une politique privilégiant les transports en commun dans des quartiers mal desservis. Depuis lors, les avenants se succèdent, sans qu’une solution pérenne ne soit affirmée. Nos craintes ne font qu’augmenter sur leur pérennité. Et l’inscription de crédit en baisse leur étant consacrées les renforcent encore.

Bref, alors que le sujet de la mobilité doit constituer une priorité, nous craignons qu’une fois encore l’insincérité du budget n’illustre que le décalage entre les discours et les actes.

Je vous remercie.

 

[1] Il s’agit de la contribution au SAVM et du reliquat à payer du contrat Vélib’ 1 auxquels sont retranchés les 3 M€ que le SAVM versera à la Ville au titre des recettes d’abonnement.