Modemparis.fr
Paris
Accueil > Article > Maud Gatel à propos du bilan santé à Paris: beaucoup de sujets oubliés !

Maud Gatel à propos du bilan santé à Paris: beaucoup de sujets oubliés !

12 Novembre 2019

Dans son intervention lors du débat sur la santé au Conseil de paris, Maud Gatel rappelle les manquements et omissions nombreuses dans le bilan le la Maire. «Déficits abyssaux, pénurie des vocations, crises des urgences, les sujets d’inquiétude ne manquent pas».

Madame la Maire, mes chers collègues,

Cette communication sur la politique parisienne de santé tient lieu de bilan des actions entreprises sous votre mandature.

Dès lors, je voudrais saluer le travail accompli par Bernard JOMIER, et, après lui, Anne SOUYRIS, avec lesquels le groupe UDI-MoDem a eu grand plaisir à collaborer afin de contribuer à l’élaboration de politiques de santé publique au service de tous les Parisiens y compris les plus vulnérables et les plus précaires.

C’est notamment la question du dispositif Paris Med’ qui a permis d’améliorer l’accès aux soins des Parisiens en accroissant l’offre médicale de secteur 1 grâce aux aides à l’installation des praticiens. Niveau qui demeure néanmoins insuffisant et effort qui doit être poursuivi.

C’était également le sens de la niche du groupe UDI-MoDem adoptée en mai 2015 qui mettait en exergue le rôle que la smart santé peut jouer pour réduire les délais d’obtention de rendez-vous trop longs et les renoncements aux soins trop nombreux.

Les centres de santé municipaux eux-mêmes se sont ainsi mis à la e-santé, notamment en développant des projets de téléradiologie ou télémédecine.

Nous avions ainsi proposé de mettre en place des téléconsultations médicales pour la surveillance et le suivi des pathologies asthmatiformes chez l’enfant afin de désengorger les urgences et d’assurer une prise en charge en amont efficace et préventive. Nous souhaitions également favoriser le développement d’outils afin de mieux accompagner le retour du patient à domicile dans la perspective du déploiement de l’ambulatoire.

Nous promouvions enfin la création d’une application destinée à répondre au défi d’une individualisation des conseils et des recommandations pour les citoyens parisiens en fonction de leur état de santé et de la variation de facteurs environnementaux.

Nous regrettons cependant qu’à ce jour l’ensemble de ces préconisations soit demeuré lettre morte.

L’avis citoyen annexé à votre communication ne s’y est pourtant pas trompé, tandis que le panel de Parisiens interrogés a plébiscité la création d’un site internet sur le modèle de Doctolib, à l’initiative de la Ville, avec une cartographie des services, des acteurs et des structures, permettant de vulgariser le rôle de chaque acteur et de réserver une consultation. C’est l’idée que nous avions initialement formulée, avant d’en faire évoluer le projet dans le cadre de la commission e-santé qui s’est réunie de juin à décembre 2016.

En termes de santé environnementale, vous avez initié des réponses, notamment dans le champ de la lutte contre les perturbateurs endocriniens. Nous nous réjouissons ainsi que la maternité de Necker se soit portée volontaire pour expérimenter, en lien avec la Ville, une « crèche sans perturbateur endocrinien », à l’instar de ce qui se fait à Limoges.

Les initiatives en termes de sport-santé sont là encore pertinentes pour prévenir l’apparition de certaines pathologies mais leur coordination gagnerait à être accrue et leur déploiement généralisé sur l’ensemble du territoire parisien.

Si la perspective des JOP 2024 doit inspirer les actions en la matière, que ce soit avec le « sport santé sur ordonnance » que rendent possible de nouvelles dispositions législatives, ou avec les activités physiques adaptées, la pratique d’une activité physique doit également être facilitée pour tous, sans forcément s’inscrire dans un parcours de soins ou en direction d’un public cible.

C’est au titre de la prévention qu’il faut agir de façon peut-être encore plus volontaire. C’était notamment le sens de notre proposition d’ouvrir les parcs et jardins parisiens tôt le matin en période estivale et que vous avez déployée dans 10 espaces verts parisiens. Ne serait-il pas cependant opportun de se montrer encore plus ambitieux et d’étendre à toutes les saisons cette ouverture matinale, dès 7h, aux parcs et jardins parisiens disposant d’éclairage public ? De nombreux arrondissements sont en effet exclus de ce dispositif pourtant plébiscité par les Parisiens.

Un autre édifice auquel groupe UDI-MoDem est fier d’avoir apporté sa pierre est celui de la SCMR, dont nous avions conditionné notre soutien à l’adossement à une structure hospitalière, comme c’est le cas avec Lariboisière.

Néanmoins, nous demeurerons particulièrement vigilants au bilan à mi-ouverture qui nous sera communiqué en décembre, après 3 ans d’expérimentation. Si les avancées sanitaires et médicales sont incontestables, la SCMR devra faire la preuve d’une absence de nuisance pour les riverains et d’un climat apaisé au sein d’un périmètre à la sécurité renforcé.

L’élargissement de l’amplitude horaire d’ouverture en matinée (et non plus seulement de 13h30 à 20h30), à l’automne 2019, est une décision que nous soutenons mais qui est déployée bien tardivement, alors même que nous l’appelions de nos vœux depuis 2017.

Des problématiques compréhensibles d’effectifs et de recrutements ont pu retarder cette nécessaire extension horaire mais les conditions optimales doivent cependant être réunies pour que le bilan de l’expérimentation puisse être le plus révélateur et significatif possible.

Là encore nous pensons que l’ouverture d’une seconde salle à l’échelle de la métropole, en dehors du territoire parisien, permettrait d’améliorer la prise en charge de ce public en grande précarité.

Madame la maire, si les sources de satisfaction existent, les omissions, pour ne pas dire les renoncements, également.

Sur les trente pages de communication, seule une demi-page (la page 21) est consacrée à l’AP-HP, dont vous présidez le Conseil de Surveillance.

Avec 20 de ses 39 hôpitaux qui se trouvent sur le territoire parisien, c’est pourtant un partenaire privilégié de la Ville dans le cadre du développement de la coordination de la médecine de Ville et de l’hôpital.

Vous laissez aux seuls citoyens, rassemblés lors d’une conférence citoyenne sur « l’hôpital dans le parcours de soins à Paris » à l’automne 2019, le soin de plancher sur ce sujet. Leur contribution est d’ailleurs d’une remarquable acuité. Elle rejoint en cela les interventions des Parisiens qui ont émergé lors du pré-Conseil citoyen du mercredi 6 novembre.

Certaines propositions s’en font d’ailleurs l’écho, tandis que les premiers suggéraient d’impliquer des bénévoles des structures associatives dans l’organisation de l’accueil et l’orientation des SDF vers des centres appropriés, afin de soulager le personnel soignant, en coordination avec les services d’urgence, et que les seconds invitent les pouvoirs publics à élaborer des dépliants à destination des sans-abris et des migrants détaillants les adresses de consultations médicales appropriées.

Madame la maire, un tel silence est d’autant plus étonnant que ce 14 novembre est journée de « grande manifestation » à Paris « pour obtenir un plan d'urgence pour l'hôpital public ».

Déficits abyssaux, pénurie des vocations, crises des urgences, les sujets d’inquiétude ne manquent pas… Les inconnues non plus. Le plan de restructuration de l’AP-HP aurait pu être largement détaillé dans votre communication. Les élus ne peuvent faire l’économie d’une réflexion sur une prise en charge de qualité, tant pour le patient que du point de vue des professionnels médicaux.

Le travail administratif colossal qui pèse sur les personnels soignants doit être considérablement allégé afin que ceux-ci puissent se recentrer sur leur cœur de métier, le soin aux patients.

L’AP-HP et notamment les urgences gagneraient ainsi à informatiser les dispositifs administratifs tels que la recherche de lits pour les patients admis aux urgences, chronophages et effectués la plupart du temps par le personnel soignant. C’est le choix organisationnel qui a été fait par certains établissements, à l’instar des CHU de Nantes et Poitiers, qui ont déployé des cellules « d’ordonnancement », composées d’infirmiers et de techniciens logisticiens.

D’autres sujets sont oubliés. C’est le cas de la santé mentale qui est à peine évoquée page 10 de la communication (en lien étroit avec la problématique liée au logement) mais qui, en revanche, fait l’objet d’une préconisation majeure de l’avis citoyen dans lequel les Parisiens interrogés indiquent vouloir ouvrir des établissements spécialisés pour assurer le suivi de longue durée et proposer des soins adaptés aux malades atteints de pathologies psychiatriques.

L’élaboration d’ici juillet 2020 du Projet Territorial de Santé Mentale, piloté par l’Agence régionale de santé, explique peut-être une telle discrétion.

Enfin, eu égard à la prévention, des problématiques aussi fondamentales que le bruit ou la consommation massive et rapide d’alcool par les jeunes ne sont pas du tout évoquées. Le groupe UDI-MoDem avait pourtant fait adopter un vœu en juin 2014 demandant un plan de concertation et de médiation à l’égard des jeunes, dont 14% des 15-24 ans, 10% des 25-34 ans et 6% des 33-44 ans s'étaient adonnés au moins une fois dans l'année à la pratique de la « biture expresse » selon une enquête de l’INSERM.

Quant au bruit, il représente la « 2e cause de morbidité derrière la pollution atmosphérique » selon une enquête de Bruitparif parue en février dernier ayant démontré que « 107 766 années de vie en bonne santé sont perdues chaque année en Ile-de-France à cause des nuisances sonores des transports ».

Madame la maire, à l’heure du bilan, nous retiendrons aussi la prise de conscience des enjeux liés à la pollution de l’air, -à laquelle nous avons contribué en alertant notre Conseil dès 2014 sur les dangers de la pollution dans le métro-, mais aussi les plans ambitieux, -à l’instar du déploiement de 1000 défibrillateurs devant les pharmacies, que nous avions demandés en octobre 2014.

Nous regretterons cependant les rendez-vous manqués et les promesses non tenues comme les logements tremplins pour les jeunes médecins que nous avions fait adopter par ce conseil et auxquels vous vous étiez engagés et qui n’a pas été mis en œuvre, ou encore la labellisation des professionnels chargés de l’éradication des punaises de lit.

Je vous remercie.