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Leila Slimani et Yasmina Reza, la langue française en partage

4 Novembre 2016

Dans une tribune au Huffington Post, Fadila Mehal revient sur les deux prix littéraires décernés à Leila Slimani (Goncourt) et Yasmina Reza (Renaudot)

C'est avec joie et étonnement que je découvre que les deux prix littéraires les plus prestigieux de France viennent d'être décernés pour l'année 2016 à deux femmes, Leila Slimani pour le Goncourt et Yasmina Reza pour le Renaudot. Toutes deux venues d'ailleurs (le Maroc pour l'une et l'Iran et la Hongrie pour l'autre), aux origines métissées mais avec la langue française en partage.

En ces temps troublés où l'Autre dans son altérité est devenu le bouc-émissaire des pensées les plus rances, comment ne pas se réjouir du choix de ces deux jurys, scellé par l'excellence et l'évidence de l'écriture de ces deux auteures. Mais leur talent qui se rit du genre et des origines, avec la langue Française pour seul moteur et accomplissement.

Une langue séculaire réappropriée, réinventée, butin de guerre disait l'écrivain Kateb Yacine et qui avec Leila et Yasmina dessinent de nouvelles frontières et un nouvel horizon pour se parler et se comprendre et prolonger l'écho d'une humanité universelle qui empreinte les chemins d'une langue, qui devient une patrie comme le rappelait Albert Camus.

Comme beaucoup, je suis persuadée que la culture et plus particulièrement la littérature est un puissant levier pour faire émerger les talents, faire reculer les barrières et déconstruire les préjugés liés aux assignations identitaires. Qu'importe d'où l'on vient, seule la beauté de ce qu'on écrit reste, ensevelie dans nos mémoires comme un trésor caché.

La jeune Leila Slimani avec "Chanson douce", fascinante chronique d'une tragédie annoncée est malgré seulement deux livres à son actif, une auteure majeure, qui happe le lecteur avec une force inouïe que vient renforcer l'âpreté de son écriture, sèche et ample à la fois.

Qui ne connaît pas le talent et la maturité de la grande dramaturge Yasmina Reza, qui chemine depuis si longtemps sur les chemins de crête d'un monde en désordre en quête d'espérance et de rédemption.

Son opus "Babylone" commence par cette citation de Garry Winogrand:

"Le monde n'est pas bien rangé, c'est un foutoir. Je n'essaie pas de le mettre en ordre".

Ils sont nombreux ces romanciers à aimer la France et à célébrer sa langue. Albert Camus écrivait "la langue française est ma patrie", comme elle le fut pour l'académicienne franco-algérienne Assia Djebar ou pour son successeur au quai Conti, Andreï Makine né en Sibérie, fasciné par la langue et la civilisation française.

Prenons garde à sauvegarder cette richesse, que beaucoup dans le monde nous envient.

Jean d'Ormesson, infatigable voyageur aux milles vies, entré à la Pléiade de son vivant, nous alertait déjà : "Confucius le savait déjà à l'époque de Platon et de Sophocle : il faut prendre garde aux mots. Une langue qui faiblit, c'est un pays qui vacille".

 

Fadila Mehal,

Conseillère de Paris et Présidente de la commission culture, patrimoine, mémoire de Paris, Fondatrice et Présidente de La République ensemble et fondatrice des Marianne de la diversité.

Voir la tribune dans Le Huffington Post