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Gratuité des transports: une annonce parcellaire qui omet le coût des mesures

14 Juin 2019

Dans son intervention au conseil de Paris à propos de la gratuité des transports pour les jeunes, Maud Gatel regrette l'absence de débat sur les transports en commun.

Madame la Maire, mes chers collègues,

En mars 2018, empêtrée dans le fiasco Vélib, la maire de Paris tente d’allumer un contrefeu et annonçant le lancement d’une étude sur la gratuité des transports en commun.
Une démarche aussi démagogique que dangereuse :

  • Démagogique parce que la gratuité n’existe pas, puisque le contribuable devra prendre le relai pour ne pas diminuer les recettes des transports en commun qui souffrent déjà de sous-investissements chroniques.

  • Et puis parce que les études le montrent : la gratuité n’a pas – malheureusement – de réelles incidences sur le niveau de pollution, mais en a en revanche sur le niveau de saturation des transports en commun.

Depuis, le fiasco Vélib’ perdure, mais vous avez fait machine arrière pour privilégier à la « gratuité » généralisée des mesures catégorielles. Comme vous l’avez fait pour les seniors, - après avoir mis fin à la prise en charge du pass Améthyste, vous l’avez remise en place -, vous avez annoncé des mesures à destination des plus jeunes, destinées à entrer en vigueur en septembre prochain :

  • Le remboursement total de l’abonnement Navigo pour les Parisiens de 4 à 11 ans ;

  • Le remboursement de 50 % de la carte Imagin’R pour les collégiens et lycéens parisiens ;

  • La prise en charge de l’abonnement Navigo pour les Parisiens handicapés de moins de 20 ans ;

  • Le remboursement de l’abonnement Vélib’ pour les Parisiens de 14 à 18 ans ;

Sur le principe, nous y sommes évidemment favorables :

  • D’abord, parce que vous revenez sur ce que vous aviez supprimé il y a 5 ans, concernant les personnes en situation de handicap ;

  • Puis parce que c’est un rattrapage par rapport à ce qui est fait dans d’autres départements d’Île-de-France qui prennent en charge, en totalité ou partiellement le Pass Navigo ;

  • Parce que cela permet aux plus jeunes de se familiariser à l’utilisation des transports collectifs.

  • Et enfin, parce que cela soutient le pouvoir d’achat des ménages parisiens.

Nous y sommes favorables, mais nous ne pouvons pas faire comme s’il n’y avait pas un grand absent dans ces annonces : le coût de ces mesures. Aucune mention n’est faite dans la délibération. Or, c’est tout sauf anecdotique. Si la somme de 15 millions avait été annoncée en janvier dernier, nous savons bien que le coût de ces mesures sera bien plus élevé. Vous- mêmes, vous avez revu votre copie et vous évoquez désormais une enveloppe de 50 millions d’euros qui nous paraît plus proche de la réalité, bien que dans la fourchette basse.

Un coût désormais chiffré mais dont on ne sait comment il sera financé puisque rien n’est mentionné dans la délibération.

Et à nouveau, comme c’est toujours le cas lorsqu’il s’agit de mobilité, je regrette le caractère totalement parcellaire de cette annonce qui relève davantage de mesures catégorielles que d’une véritable vision pour les politiques de mobilité dans la capitale.

  • Je ne reviendrai pas sur l’annonce de cette étude, ce qu’elle sous-entendait à l’époque et la manière dont elle a été menée, sans associer, à aucun moment, les élus du conseil de Paris qui ont seulement eu le droit d’être mis devant le fait accompli

  • Alors que les transports en commun représentent plus de 2 milliards de déplacements dans la capitale, en constante augmentation depuis le début des années 2000, nous n’avons jamais eu un débat digne de ce nom sur le sujet.

  • On parle de Vélib, de trottinettes, mais jamais des transports en commun ?

  • Or depuis 2014, les conditions de transport n’ont cessé de se détériorer : lignes saturées (cela concerne 9 lignes sur 14), désormais y compris les week-end, conditions de transport dégradées, inaccessibilité des stations.

A aucun moment au cours du mandat nous n’avons eu de débat sur les transports en commun.

C’est la responsabilité de la ville de Paris que de faire des propositions à IDFM pour améliorer les conditions de transports des voyageurs.

Je vous remercie.